48 heures chrono à Rome : Une évasion au paradis latin

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48 heures chrono à Rome : Une évasion au paradis latin

La « globe-trotteuse » Alice Roman s'offre 48 heures de villégiature dans la ville aux sept collines. Elle nous livre son parcours et ses nouvelles adresses entre Histoire, gastronomie et douceur de vivre à l'italienne.

Les toits de Rome à l'Hôtel de Russie

Vendredi, 18h15 – La fenêtre de ma grande chambre donne sur la baroque Piazza del Popolo, avec son obélisque d'Héliopolis, ses trois églises et ses deux fontaines. Je suis bien à Rome, à 300 mètres de la Villa Borghèse, allongée deux minutes sur mon lit king size en prenant la pose de la belle Pauline Borghèse, la jeune sœur préférée de l'empereur Napoléon Ier, sous le ciseau d'Antonio Canova. En 1917, Jean Cocteau  décrivait déjà l'Hôtel de Russie comme un « paradis sur terre ». Ici, chambres et salons revêtent des teintes délicates à l'œil, allant du bleu-vert au sable ivoire avec des nuances plus sophistiquées d'améthyste… Un éden néoclassique neutre, en somme, peuplé d'un mobilier hétéroclite, qui mélange élégamment les styles.

Hôtel de Russie
Via del Babuino, 9
00187 Roma
grandluxuryhotels.com/hotel/hotel-de-russie

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Cocktail avec un monstre sacré de la cuisine italienne

18h45 – À peine le temps de me repoudrer le nez, troquer New Balance et jeans pour une jolie robe printanière, lainage et talons que déjà, au très chic Stravinskij Bar, je sirote un délicieux Spritz, préparé avec de l'Aperol, un apéritif originaire de Padoue, du Prosecco et de l'eau pétillante. Très honorée, je papote gastronomie avec un monstre sacré de la cuisine italienne, le flying chef de luxe Fulvio Pierangelini qui, assisté de Nazzareno Menghini, renouvelle la cuisine du très créatif Jardin de Russie. Sur la splendide terrasse odorante fleurit déjà le lilas.

Stravinskij Bar
Via del Babuino, 9
00187 Roma
www.roccofortehotels.com/fr/hotels-and-resorts/hotel-de-russie/restaurant-and-bar/stravinskij-bar/

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Opéra gastro-pop au Romeo e Giulietta Bowerman

20 heures – Ce soir, je teste la nouvelle et très attendue adresse de la chef étoilée Cristina Bowerman, ambassadrice de l'exposition universelle de Milan en 2015. Le Romeo & Giulietta, ouvert depuis le 13 mars 2017, est situé dans un espace impressionnant de 2 000 m2. : je découvre une ex-concession automobile qui réunit désormais un restaurant, une boulangerie et un glacier. L'intrigue de Shakespeare ne réunit pas ici les Montaigu et les Capulet mais la Californie et le terroir italien (romaine aux cheveux roses, la hors norme Cristina Bowerman est native des Pouilles). Ce qui donne, par exemple, une surprenante queue de bœuf, avec son coulis de céleri et crumble au chocolat pour une pop oxtail digne de ce nom !

Romeo e Giulietta Bowerman
Piazza dell'Emporio, 28
00153 Roma

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Immersion dans l'Autel de la Paix d'Auguste

22h30 – Au bord du Tibre, dans le Champ de Mars, me voici face à l'Ara Pacis (Autel de la Paix), édifié entre 13 et 9 av. J.-C. sous l'ère de l'empereur Auguste. Peu de monuments parviennent autant à transmettre les croyances, les idéaux et les ambitions d'une classe dirigeante à l'apogée de son pouvoir. Le nez chaussé d'un masque, je revis son histoire grâce au projet multimédia l'Ara Com'Era, une visite immersive et multisensorielle où personnages et animaux prennent vie en 3D pour illustrer avec brio les origines de la Rome Antique. De retour dans mon palace, je m'imagine chaussée de sandales perlées, vêtue d'une robe resserrée à la taille et tombant jusqu'aux pieds, recouverte d'un grand châle, la palla.

Museo dell'Ara Pacis
Lungotevere in Augusta
00186 Roma
www.arapacis.it

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Le sur-mesure romain 

Samedi, 9h30  – Ce matin, je pars à la découverte des deux plus prestigieux ateliers d'artisanat de la ville. À 15 minutes à pied de l'hôtel, Via Francesco Crispi, je m'introduis dans la boutique du célèbre créateur de chaussures Marini.
Me voici chez Marini Calzature, qui prit son essor en plein âge d'or romain (les années 50 et 60), chaussant Marcello Mastroianni, Gregory Peck dans Vacances romaines, Anna Magnani, Sergio Leone, puis Gianni Agnelli, Élisabeth II, le président des Émirats arabes unis ou Robert de Niro. Depuis des lustres, tout démarre ici avec un mètre, un crayon et un papier.

100 mètres plus loin, je pénètre dans un autre temple de l'élégance romaine, chez le tailleur Gaetano Aloisio. La belle couture à l'italienne s'y déploie sur trois étages grâce à une clientèle essentiellement étrangère, dans un univers ultra-classique consacré à la haute précision du style et des mesures. Tout est produit à l'interne avec un effectif de 25 personnes. 

Marini Calzature
Via Francesco Crispi, 97
00187 Roma
marinicalzature.it

Gaetano Aloisio
Via di Porta Pinciana, 1
00187 Roma
www.gaetanoaloisio.com

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Street food dans la ville éternelle 

11h30 –  Un bon quart d'heure en taxi (ou 30 minutes à pied) est nécessaire pour rejoindre ce tout jeune et nouveau temple de la street food situé le long du Tibre. Ouvert le 13 novembre 2016 par quatre amies, le restaurant Pianostrada Laboratorio di Cucina dispense des cours de cuisine. J'y apprends à réaliser la focaccia romaine et de délicieuses spaghetonni (spaghetti à l'aspect plus consistant).
Une heure après, je savoure le vrai goût de Rome avec une réinterprétation de recettes traditionnelles et des ingrédients d'une fraîcheur incomparable.

Pianostrada Laboratorio di Cucina
Via delle Zoccolette, 22
00186 Roma
pianostrada.com

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Promenade au bord du Tibre

14 heures – En sortant du restaurant, je descends vers les quais (au niveau du pont Sisto) pour découvrir l'œuvre éphémère de l'artiste sud-africain William Kentridge qui a décoré les bords du Tibre. Sur plus de 500 mètres, plus de 80 personnages, parfois jusqu'à 10 mètres de haut, retracent l'histoire de Rome depuis les mythes de la Rome antique jusqu'à l'époque actuelle. Les Triomphes et Lamentations de Rome – c'est le titre de l'œuvre – associent chaque triomphe à une douleur car, derrière chaque victoire, il y a un vaincu. Du meurtre de Remus par Romulus à celui de Pasolini, jusqu'aux noyades des migrants au nord de Lampedusa, la simple technique du stencil permet de révéler l'empreinte du dessin éphémère – notre mémoire – sur la ville éternelle. D'ici quatre à cinq ans, l'œuvre disparaîtra, recouverte par la pollution.

« Triomphes et Lamentations de Rome »
Piazza Tevere
00186 Roma

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L'effet Olivetti à la CasaCau 

15 heures – Après cette édifiante balade sur les bords du Tibre, il est temps de rentrer à l'Hôtel de Russie. Après une nuit dans ce magnifique palace, je déménage pour la CasaCau, à proximité immédiate de la Fontaine de Trevi. J'ai de la chance, le Right Corner Apartment au deuxième étage est libre. Il a ma préférence avec ses 49 m2 – le luxe, c'est l'espace –, sa grande salle de bain avec bain turc et, surtout, en tête de lit, la reproduction d'une partie de la fresque Villa Livia, un locus amoenus (« lieu idyllique ») qui me permettra d'embrasser au mieux le sommeil. Sur la table du salon trône une machine à écrire Olivetti. Me voici projetée en plein dans l'intrigue de La Modification de Michel Butor, prix Renaudot 1957 et apôtre du nouveau roman. Je ne me laisse pas aller au vertige intérieur du personnage, qui transgresse, à Rome, la frontière du réel vers la fiction. Vite, je ressors pour contempler les fresques de la villa Livia, la vraie. 

CasaCau
Via in Arcione 94
00187 Roma
casacau.com

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Nymphée souterrain de la villa Livia 

17 heures – Tout près de la Piazza della Repubblica trône, dans l'enceinte du Palazzo Massimo alle Terme, le musée archéologique de Rome (bâtiment du XVIe siècle, reconstruit au XIXe siècle). Je monte quatre à quatre les marches de l'escalier jusqu'au deuxième étage et me rends dans la salle consacrée à ce fameux nymphée souterrain de la villa Livia. La fresque, qui date de 40 à 20 av. J.-C., de type trompe-l'œil, présente derrière une fine balustrade de roseaux une peinture paysagère où éclate en profondeur la magnificence d'un jardin sur les quatre murs de la pièce. Ici, sous le bleu du ciel, se rencontrent toutes les saisons habitées de quelques oiseaux qui picorent les fruits. Dans cet univers poétique grandeur nature, le laurier est très présent, nécessaire pour vaincre et fêter la victoire. Assise face à la fresque, ressentant presque la fraîcheur du jardin, je répertorie ses éléments botaniques. Je me sens aspirée dans ce paysage, sans doute consacré à Vénus, détaché des murs aveugles et souterrains de la villa de Livia pour être conservé ici, depuis 1951. Un pur chef-d'œuvre ! 

Palazzo Massimo alle Terme
Muzeo Nazionale Romano
Largo Villa Peretti, 67
00185 Roma

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Naples, dans une assiette à Rome

19h30 – Tous les chemins mènent à Rome, dit-on, en pensant surtout à celui de Cinecittà ! C'est tout près de ces légendaires plateaux, dans un quartier un peu excentré, que j'ai rendez-vous avec une amie d'origine napolitaine, Raffaella, pour un dîner en tête à tête à la pizzeria Loffredo. L'ambiance y est toujours gaie et conviviale et la pizza succulente, « comme à Naples », m'assure-t-elle. Plus tard, nous dégusterons à l'appartement un verre de Frascati – le meilleur vin blanc du Latium. Une attention de la conciergerie de la CasaCau, réputée pour ses délicates attentions.

Pizzeria Loffredo
Via Vestricio Spurinna, 53
00175 Rome
www.pizzerialoffredo.com

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Stazione Termini avec De Sica

Dimanche, 12 heures – Il est temps de plier bagage et de songer à rentrer. Pour une fois, en quittant Rome, je décide d'emprunter les transports en commun pour m'offrir un petit « trip » cinématographique. Je trotte donc de la Via in Arcione vers l'arrêt de bus. Comme Jennifer Jones dans Stazione Termini de Vittorio De Sica (1953), je prends le 85. Neuf minutes plus tard, je débarque à la gare de Rome-Termini, qui me permettra de rejoindre l'aéroport – situé à environ 30 kilomètres – en seulement 30 minutes grâce au Leonardo Express.

J'adore la longue marquise de la plus fréquentée des gares italiennes, très « fifties », dessinée par les architectes Montuori et Vitellozzi, qui offre un contraste saisissant avec l'aspect rectiligne du bâtiment. Les Romains l'ont baptisée le « Dinosaure ». Me voici dans les mêmes dispositions que Jennifer Jones, torturée par son amour pour un bel Italien (Montgomery Clift dans le film de De Sica). Sous les nervures de béton de la marquise, je suis dans le ventre du serpent, devant quitter la ville éternelle, néanmoins si désireuse d'y rester…

Gare de Rome-Termini (Stazione di Roma Termini)
Piazza dei Cinquecento, 1
00185 Roma
www.romatermini.com